
Une verrée de poésie.
Peut-être, à l’instar de votre chroniqueur, vous ne connaissez pas le mot « verrées » cité, notamment, dans le poème suivant " Les ruelles de Madrid" :
Tableau peint à la multitude/ de rires de plats et de verrées/la foule dans une danse ardente/s’abandonne au flot de la joie
Inutile, de vous précipiter sur votre dictionnaire, curieux, j’ai été le cueillir sur mon vieux Larousse. Une verrée signifie un vin d’honneur chez nos amis suisses. C’est bien ce terme qui convient au nouveau recueil de Robert FRED.
Le titre « Terre » peut surprendre. Nous sommes loin des titres aériens et poétiques qui ornent les couvertures des aînés, comme « Le paysan céleste » de Clancier, où « La vie rêvée » de Cadou. Nous sommes au sein de la matière. Le titre s’illumine dès la première phrase : « Mon pays, c’est la terre, elle est le corps de mon corps » Ce vers christique devient peut-être une clef. Il n’en est pas tout-à-fait le résumé.
J’ai attendu le livre, avec toujours la même fièvre quand il s’agit de l’œuvre de cet auteur. J’ai mis un café près de mon fauteuil, allumé une cigarette, mis en sourdine un Sibelius de grand cru, et je me suis laissé aller, convaincu en mon for, que cette envoûtante musique m’emporterait vers quelques cristaux de beauté, et le sucré-amer de notre existence.
La magie a opéré. J’ai vu défilé des couleurs et des pensées, des petits bijoux poétiques qui vous rendent à la vie comme au jour de la première naissance.
Notre poète susurre sa pensée sur ce monde, sans taper lourd du sabot. Il observe incrédule le sort que nous réservons à ce bien unique qu’est l’existence. Il s’interroge « Irons-nous mieux mourir /dans le voile du pardon », « Comment faire face/à des tas de je veux/comment dire l’amour/à des bouches avides. ».
Il n’a pas de mots assez durs pour ces oligarques :
« pillards oligarques/assassins de l’union/envoûteurs et fourbes/ en dédain du peuple/vous rasez la bâtisse/emmurés dans l’ego/de vos ombilics évasifs/véritables dégâts humains. »
Parler de nos conditions humaines, sans quitter le sillon de la poésie, est la réussite de ce livre. Mais, l’histrion, les yeux grands ouverts, nous amène aussi au milieu des choses dans « Le Puits » par exemple : « La poulie déploie son chant/le fleuve naît doucement/l’âme vient sur cette planète/pour y faire simplement la vie ». ou encore « Les nuages » : « De drôles d’équipage là haut/suivent les fleuves toujours passants/ils se bâtissent de l’eau, de l’hui/ puis naissent des joues vives aux plaines ».
Cet ouvrage apporte une savoureuse unicité de lecture, où chaque poème, unique dans sa force et son propos, apporte sa pierre ciselée ou cassée à cet édifice.
La dernière partie à laquelle je suis le plus sensible est intitulée « Paysages ». Le poète nous prend le cœur et la main pour voir en des touches presque pointillistes, les lieux qu’il visita.
Nous nous promenons avec lui (comme si nous y étions) à Hambourg « Valse blonde sur la lande », à Amsterdam, « Terre/ville épouse/du fleuve et de la dune ».
Il cueille aussi une aube marine : « les dunes plongent/et l’horizon devant/tire au bleu de la mer/son éclat rédempteur ».
Après avoir longtemps maturé son œuvre, le poète est maintenant attelé à son alezan, publie et émerveille, met les barres encore plus hautes dans sa course échevelée de beauté.
Dans une telle frénésie, avec le don qui est le sien, il lui reste bien encore des contrées en jachère à cultiver.
Il ne nous dit rien d’autre que le rien que nous sommes et le tout que nous pourrions être ensemble.
Serge Mathurin THEBAULT
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Pour tout contact le site du poète :
Robert Fred